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Une chaîne culturelle nationale?
Emmenées par le directeur de la TV romanche Bernard Cathomas, des personnalités proposent la création d’un canal national, qui reprendrait et
traduirait les productions de la SF, la TSR et la TSI.
Une chaîne de TV culturelle nationale? La SSR n’y songe pas une seconde, mais quelques personnalités s’en chargent à sa place. Lors d’un colloque vendredi à Berne, le directeur de la Radio e Televisiun Rumantscha (RTR), Bernard Cathomas, a défendu cette idée, appuyée, entre autres personnalités, par le chef de l’Office fédéral de la culture, Jean-Frédéric Jauslin.
Que cette proposition émane du chef de la chaîne romanche de la SSR tient à une raison pratique. Les Romanches demandent depuis longtemps une hausse du volume des programmes dans leur langue. Mais pour l’heure, la RTR n’a pas un canal à soi, disponible dans les autres régions, à l’instar des SF, TSR et TSI, visibles dans tout le pays.
Or si une chaîne supplémentaire était créé, les émissions en romanche ne seraient pas suffisantes. Pourquoi donc ne pas l’étendre à l’ensemble du pays et y montrer les productions des autres stations de la SSR, demande Bernard Cathomas. Le principe reposerait sur un partage du canal («shared channel», dans le jargon télévisuel).
Les partisans du projet font eux-mêmes le parallèle avec la chaîne culturelle franco-allemande, évoquant une «Arte helvétique». Comparaison toutefois maladroite, car après tout, la SSR est partenaire d’Arte. Rien ne l’empêcherait de monter en puissance dans ce contexte – sur le modèle belge: la RTBF pilote une «Arte Belgique» sur mesure, de concert avec la chaîne mère, mais qui dispose d’une certaine marge de manoeuvre quant à sa programmation.
Dans le cas du projet suisse, au lieu d’une chaîne culturelle proprement dite, Bernard Cathomas prend à la lettre le slogan d’entreprise de la SSR, «Idée suisse»: «Plus qu’une Arte suisse, c’est le projet d’un canal suprarégional que nous défendons. Un média national qui sorte des régions linguistiques. Nous constatons que les chaînes de chaque région sont concentrées sur leur bassin. Un nouveau canal permettrait de proposer un «best of» de leurs productions au reste du pays», imagine Bernard Cathomas, qui quittera ses fonctions à la tête de RTR à la fin avril.
Seulement voilà, la SSR elle-même prend ses distances avec cette initiative. Armin Walpen, son directeur, évoque les coûts qu’induirait un tel projet, au moment où la SSR coupe dans ses budgets. Elle mène, jusqu’en 2010, un programme d’économies de quelque 100 millions de francs par année,
auquel elle a encore ajouté un train supplémentaire de 20 millions en décembre 2008, à raboter d’ici à l’année prochaine. Ce n’est pas le moment, dit en substance Armin Walpen.
Les partisans de cette idée, parmi lesquels figurent aussi le journaliste Roger de Weck, l’ancien conseiller aux Etats Gilles Petitpierre, le maire de Bienne Hans Stöckli ou le professeur à l’Université de Berne Roger Blum, balaient l’argument. Puisque le nouveau canal serait pour l’essentiel constitué de rediffusions de programmes déjà produits par SF, la TSR et la TSI, son coût serait moindre, arguent-ils.
Il faudrait juste doubler ou sous-titrer les programmes. A leurs yeux, au-delà de la question comptable, la démarche relève de la cohésion nationale. La Suisse audiovisuelle, selon la vision incarnée par la SSR, est divisée, arc-boutée sur chacune de ses régions culturelles. C’est pour contrer ce recroquevillement que les personnalités formulent leur suggestion. Ils ajoutent que la nouvelle chaîne pourrait aussi comporter des programmes pour les migrants, jouant ainsi son rôle d’intégration au sens large. Malgré la réticence du patron de la SSR, Bernard Cathomas et ses alliés veulent créer un «groupe d’intérêt», annonce le directeur de la RTR, qui cherchera des appuis dans les milieux culturels et politiques.
Nicolas Dufour
